La maison vide, la porte pleine

Comment va-t-elle?
Elle ne saurait vous le dire... elle va, c'est déjà pas mal.
Que lui est-il arrivé? Rien !.... ou pas grand chose.
Les mois d'été sont passés vite, sans gros soucis, avec des douces joies ,
et c'est bien comme ça.
Aujourd'hui, elle écrit quelques lignes pour marquer le temps.

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La maison vide, la porte pleine.
 

C'est la rentrée!!!
Oui, mais elle n'est pas sortie, alors? nous sommes là, juste dans une continuité...
Elle constate !


Début d'automne. Septembre.....des jours plus courts, une lumière plus blanche, des brumes matinales cotonneuses et des matins plus frais .
Les premières odeurs de raisins mûrs se font sentir; les vendanges commencent.
Les tout premiers bruits de moteurs des monstrueuses machines, destructrices d'emplois d'humains, avaleuses de grappes, font entendre leur ronronnement le jour, mais en robots coûteux et consciencieux, la nuit,  elles continuent
 leurs ripailles et se déguisent en vers luisants géants, le long des rangs de vigne.
Elles remplacent les rires et les chants qui accompagnaient jadis, le cliquetis
des ciseaux.
Elles traînent leur masse sur les routes, formant des 'embouteillages' de voitures, laissant apparaître l'agacement des conducteurs urbains, pressés (comme le raisin);la guerre est ouverte avec les ruraux!
Pourtant, les premiers aiment bien le travail des seconds...........
quand il remplit leurs verres!!!!!!!!!
C'est comme l'histoire des poissons panés... peu d'enfants qui mangent ces carrés jaunâtres, s'imaginent qu'avant d'en être rendu là, ils étaient des jolis poissons
aux écailles brillantes, vifs comme des reflets sur l'eau courante...
Toujours, on s'arrête au résultat sans se poser de questions perturbantes!

C'est la rentrée...
Les plages lavent leurs grains de sable et leurs couches de varech;
On a entassé les plastiques et les mégots, tous ces détritus laissés machinalement derrière soi, par ceux qui, de retour dans leur ville, s'insurgent devant les crottes de chiens ou les lits de cartons qui envahissent leurs trottoirs... ça dérange !
Tout le monde semble atteint de frénésie...c'est la rentrée!
Les combats d'avant les vacances reviennent comme les vagues,abandonnées
aux marées.

Les serviettes colorées sont remplacées par des pancartes revendicatives,
les parasols par des parapluies, les attitudes lascives par des poings levés.
Les enfants envahissent les cours d'écoles de cris stridents, comme si ils s'étaient retenus pendant deux longs mois.
Tous vont reprendre le travail (quand ils en ont), vont s'investir dans leurs rôles d'écolos, persuadés d'être les sauveurs de la planète.......
Quant aux locaux des coins de vacances, ils sont enfin débarrassés des 'encombrants' ... des relents du graillon des huiles solaires, et des musiques discordantes sorties des smartphones, d'où chacun monte le son
sans s'occuper de qui ça dérange...
 Enfin ils respirent leur terre et leur mer, sans trop les salir parce-qu'ils les aiment , belles et naturelles.
De nouveau, ça sent bon la mer, l'écume, le sel et le vent du large.


C'est la rentrée aussi, d
ans la maison vide à la porte pleine.
Elle? Elle est là... elle constate sans vraiment prendre part... 
Ce monde l'importe peu ! Elle vit d'ailleurs, d'imaginaires, d'horizons flous...
La folie douce médite dans son cocon. Ses rires ruissellent de dunes en estuaires;
Elle vit d'amour, de manque d'amour, de trop d'amour...
elle en met partout
et en manque tout le temps.
L'amour? elle le dépense comme d'autres le fric... c'est comme le temps;
elle l’engrange ou le gaspille! ça dépend !

C'est la rentrée.

Passés les mois d'été, la maison est vide.
Elle pourrait crier tout ce qui lui passe dans la tête, les murs sont silencieux;
ils ne répéteraient rien...On aime dire qu'ils ont des oreilles? Oui, peut-être...
mais les siens sont sourds!!!


La porte est pleine...
Son beau bois, bien épais, ne laisse pas voir dehors; elle condamne l'échappatoire !
Aucune perspective, aucune transparente; fermée sans clé pourtant...
le regard s'y cogne. Personne n'y frappe;
seuls les mots y tambourinent et lui reviennent en boomerang .


La maison vide avec sa porte pleine...?
Dehors... la rue peut-être, des gens, des inconnus qui passent sans rien voir, comme on passe dans un cimetière, sans lire le nom écrit sur les tombes...
Toutes des Anonymes!!!

Alors lui vient l'image d'un  cercueil.
Un caisson vide avec un couvercle plein; personne dedans, personne n'en sort.

Finalement, elle s'enferme dans un délire où le silence lui parle d'un courant d'air !
C'est ça!!!Une fenêtre s' est ouverte.
L'air fugace a traversé son cœur à la vitesse d'un typhon... mais dont l’œil lui laisse la caresse tiède d'un parfum d'enfant, 
sorti 
d'une jolie boite bleue... 
 Elle fredonne une berceuse, qui parle de nounours qui s'endort sur un nuage.


Et voilà son esprit qui se libère d'un coup; elle enjambe le parapet et saute
sur la pelouse grillée.
Elle ouvre grand la bouche, ses poumons gonflent des ballons pour qu'elle s’élève comme une montgolfière !
Et la voilà tout en haut de ce ciel perturbé, elle voit plus loin, tellement loin …
Sa seule chance?!
Prendre de la hauteur... danser les pieds nus sur les étoiles, faire une ronde, 
des révérences, entendre le chant des sirènes, sourire au miroir aux alouettes...
et se trouver jolie .
Des anneaux d'or sur des mains gantées, des rubans de dentelle cousus
aux robes de soie, des fleurs blanches posées sur des cheveux, dessinent un portrait qu'elle ne connait pas........ et sa vue se trouble d'émoi.
Tout n'est que beauté; l'instant est magique. Elle ne veut plus rentrer !
Encore... encore regarder... savourer le bonheur de l'instant !!!

La maison s'est emplie d'une clameur muette, la porte s'est entrouverte
et la brise légère qu'elle reconnait laisse un baiser sur ses paupières closes.
Elle aurait tant voulu...tant aimé l'accompagner, la retenir, la respirer; 

mais la porte, la porte......!

Le vol s'arrête et revient sur terre; la montgolfière se dégonfle...

C'est la rentrée:
Septembre déjà s'achève !
Octobre est avenir...

 

 

(image Google)

(image Google)

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