Mal aux mots

Son corps se tord, son corps se plie ;
Son corps grince, coince , gémit, il se meurt petit à petit.
Dans la douleur de chaque geste, la jambe se fait moins leste;

Bientôt corps mort, comme un bateau loin de son port,
il tangue, vacille, ou s’effondre sur sa quille.
Il attend qu'on le remette à flot,
que des mains charitables le tire vers le haut,
juste par des sourires et des mots, ces cataplasmes qui font si chaud...


Il attend d'Eux!
Ceux-la, sortis de ce même corps qu'ils ne reconnaissent plus!
Mais ils ont tant à faire … ailleurs...tout le temps...
Il comprend ; il ne va pas implorer qu'on lui porte intérêt.

Ce corps est devenu trop vieux, trop sec, trop lent, trop tout !!!
Ils le voient décatir, rétrécir, le nez en avant, les épaules tombantes,
et la tête se perd dans des vagabondages qu'ils n'acceptent pas.
Qu'a -t-il à raconter de son fauteuil et lui,
tous deux semblent lier comme le lierre à son arbre;
plus grand chose à offrir, à part des jérémiades.
Le pire? même ses souvenirs d'Eux, se font incertains !

Et puis, une nuit, il s'éteindra ;
trop fatigué, trop seul, trop oublié pour avoir envie d'une autre journée,
semblable aux dernières passées.
Il part en voyage au bout des silences, il ne souffre plus.


Devant la pierre, ceux qu'on appelle ''les proches''
qui peu à peu, se sont éloignés, sont consternés, désolés, éplorés.
ils n'auraient pas cru qu'il allait si mal...
ils avaient minoré l'état de ce corps, de ce visage torturé souvent.
Mais c'était de sa faute aussi !!!
Soit, il taisait son mal, soit, il se plaisait à geindre,
espérant qu'on le plaigne, qu'on s’apitoie, qu'on soit là...
pour lui, rien que pour lui !
Ils avaient vu clair dans son jeu ; du moins, ils le pensaient...
ils faisaient de leur mieux ; que pourrait-on leur reprocher ?!

Ce temps là, qui lui donner un peu de joie, il l'avait tant compté.
maintenant, il les a libéré de cette triste contrainte.
Peut-être, le jour des morts, si leur vie leur laisse un moment,
ils iront lui porter une fleur; c'est juste une fois par an.

Dans les jours gris de novembre, certains de ceux-là, se questionneront :
Quel sera leur sort, quand à leur tour, leur corps ira mal,
quand leurs mots seront inaudibles pour ceux qu'ils aiment aujourd'hui,
quand l'image se floutera,
quand les douleurs silencieuses et pernicieuses viendront
lentement les assassiner, dans l'indifférence involontaire ?!

 

Mal aux mots
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