''Son confident depuis tellement d'années""

''Son confident depuis tellement d'années""

Parcours 3. entre rêves et réalité

Le soir commence à tomber... elle a froid! Et décide de rentrer au salon.
Personne n'est encore venu s'inquiéter d'elle.
Oh ce n'est pas grave, ça arrive assez souvent.
C'est une gentille fille qu'on appelle ''aide à la personne''
qui est chargée de s'occuper d'elle, quand sa famille est absente.
Sa famille??? impossible de dire qui sont ces gens qui se disent sa famille!
Autant elle peut parcourir le passé, autant elle ne se pose pas dans le présent.
Elle en est consciente. Il manque des pages à son histoire!
''ILS'' disent qu'Elle a un problème avec la mémoire immédiate.

                                                                 ****
Nous sommes en avril, pourtant les soirées sont fraîches;
à moins que ce soit, elle, qui en vieillissant, soit devenue frileuse ?
Elle décide d'allumer la cheminée...tant qu'elle sera debout,
 ((et qu'on lui permettra!)) 
elle conservera cette activité qui lui est si chère.
Elle a toujours adoré faire du feu, le regarder danser, l'entendre crépiter. . .
La chaleur qui se dégage des flammes lui réchauffe
autant la peau, que les os, et le cœur.
Elle s'assoit devant l'âtre dans un vieux fauteuil en cuir complètement élimé,
mais elle y est si bien! Il est aussi son confident depuis tellement d'années...
elle ne saurait plus dire, depuis quand il est entré dans sa maison.
                                                             ********
Elle reprend son parcours...où va-t-il la mener à cette heure?

Son regard s'arrête une fois de plus sur le calendrier… dimanche: ST PARFAIT .
Quelle blague!!! Comme si ça existait... surtout au masculin!
Elle émit un petit rire de souris. Son coté ''féministe'' reste réactif ,
encore aujourd'hui, même si il est totalement silencieux.

Deux lignes plus bas, Ste ODETTE. Une ombre passe dans son regard...
Sa mère s'appelait ODETTE.
Dans sa jeunesse, on l'appelait ''le rossignol de la Courbe''

la Courbe était le nom du quartier de son village du Bassin d'Arcachon
où elle vécut une jeunesse plus que dorée, fille unique d'un riche entrepreneur
et où elle chantait dans une chorale .

C'est à la mort de sa mère à 36 ans, d'un cancer du sein,
qu'elle décida de s'éloigner un peu de 
ce père orgueilleux
qui espérait la marier à un vieux maquignon fortuné!!!
Elle avait tout juste 18 ans... était bachelière, belle et enfant gâtée!

C'est assez facilement qu'elle décrocha un emploi de fonctionnaire des postes,
à Bourges, mais n'y  fit long feu parce qu'elle trouva le bâtiment austère
et ne supporta pas les barreaux aux fenêtres!!!
Après deux ou trois années à Paris, elle rentra dans sa belle région,
et se fit embaucher comme serveuse, dans un café du Bassin,
où elle rencontra et suivit son amoureux pour la vie: Mon père!!!

Voilà vingt ans déjà que sa mère est partie........
Elle angoissait à l'idée de la fin du monde pour l'an 2000 ! 

et elle avait raison! car pour elle, ce fut la fin de ''son'' monde.
Pourtant, c'était une femme qui vivait l'instant, sans se préoccuper 
vraiment du lendemain; toujours une envie d'aller voir ailleurs.

Ses mots, tellement drôles et fantaisistes, ses expressions plus que particulières,
tout est imprimé comme sur un code génétique.
Rien n'est oublié.
Elle peut faire revivre sans efforts,
 l'image de la joyeuse fantasque
que fut sa mère.

Rêveuse, elle s'imbibait de romans photos et s'inventait
des vies romantiques.

Elle ne supportait pas de vivre longtemps au même endroit,
ni dans la même maison;
Ils avaient déménagé plein de fois;
 toujours l'envie d'aller voir ailleurs.
S​​​ans être pour autant instable, elle rêvait d'une vie de nomade.
-<Voir du pays, disait-elle...


Ses colères étaient dignes des plus mauvais mélodrames...
elle jurait qu'elle partirait sans regrets, ni remords, sans se retourner,
nous laissant seuls et qu'on ne la reverrait jamais...
le chantage s'amplifiait toujours de la sempiternelle phrase:
'''-< je vais  faire ma valise et avec mes sandales neuves aux pieds,
 je  disparaitrais à tout jamais''''.
Ce qu'elle fit plusieurs fois …. jusqu'à la porte!!!
Immanquablement, elle trébuchait sur la marche et s'étalait lamentablement.
Entre pleurs et rires, tous ses enfants l'aidaient pour se relever!
-<Que c'était drôle Maman, dit-elle, tout doucement->


Elle disait aussi qu'elle voulait être incinérée
parce qu'elle ne voulait pas faire le repas de bestioles de toutes sortes,
qui à coups surs, auraient une indigestion!!!
Qu'après sa mort, disperser ses cendres dans la rue Ste Catherine,

(grosse artère commerciale de Bordeaux) serait le plus beau cadeau
qu'on pourrait lui faire, afin qu'elle fasse du lèche vitrine
pour toute son éternité.(
(hélas, souhait irréalisable parce que formellement interdit,
et puis, avait-elle pensé qu'on piétinerait ses cendres???))

 

Rue Ste Catherine avant et pendant le confinement 2021
Rue Ste Catherine avant et pendant le confinement 2021

Rue Ste Catherine avant et pendant le confinement 2021

Comme conté précédemment, ses relations d'enfant avec sa mère
furent difficiles pour ne pas dire chaotiques …
mais l'âge aidant, ELLE comprit combien sa maman avait été déracinée
d'une existence dorée pour suivre son grand amour, dans un cumul de difficultés
et la 'presque' misère une grande partie de sa vie d'adulte, d'épouse et de mère.
Et c'était un peu à cause d'Elle..!
((oh, involontairement, mais quand même!
((elle avait servi de moyen de pression pour permettre le mariage de ses parents ))
                                                                          ********

Une belle complicité s'est installée, quand à son tour,
ELLE mit un bébé au monde.

ELLE revoit avec une immense tendresse, sa mère courir dans les couloirs
de l'hôpital en criant ''au secours'' parce que malencontreusement,
la couveuse du bébé 
était passée en surchauffe, faisant rougir la '' jolie crevette''
pendant que l'accouchée (Elle ?)  
répandait au sol une mare de sang
venue de ses veines débranchées.

Quel spectacle!!! Si il n'était pas aussi attendrissant, il aurait été burlesque...
faut dire que cette mère ne courait plus depuis longtemps, du fait d'être obèse.
Obèse aussi d'amour, pensa-t-elle.... Oui, parce qu'elle en donnait tellement !
C'était aussi par sa cuisine qu'elle voulait toujours donner du plaisir;
pourtant à son mariage, elle ne savait même pas faire cuire un œuf.
Cette femme savait faire des miracles!!! sans pour autant multiplier les pains,
elle nourrissait ses 4 enfants avec trois sous et beaucoup d'ingéniosité.
                                                 *******
  Elle sait... C'est de sa mère qu'elle tient sa passion de la cuisine...! 

Soudain, Elle quitte ses souvenirs pour s'apercevoir que la nuit est tombée.
Elle se demande pourquoi personne n'est encore venue s'occuper d'elle...........
Elle attise et fixe le feu pour y voir des étincelles.
Son cerveau s'est encore vidé !

                                                   ******
Des larmes coulent lentement dans les sillons de ses joues burinées.
Mais pourquoi? Elle ne saurait le dire... peut être à l'évocation de sa mère...
peut-être parce qu'elle est seule, parce que c'est tellement dur
d'être dépendante des autres .
Elle a ordre d'attendre pour son repas, pour fermer ses volets,
pour se déshabiller et pire, après quelqu'un pour faire sa toilette!!!
Mais quelle humiliation!!! elle ne voulait pas en arriver à une telle déchéance.

C'est pour cela que j'ai coupé le contact ,dit-elle à voix basse
mais son sourire est une grimace

                                                           A suivre vendredi prochain

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