Suzanne Tournemal

Je rentre chez moi;
la journée que je viens de vivre me laisse complètement perturbée;
tout est mystérieux et inquiétant. Rien ne paraît pas vrai!
Je suis une ''terre à terre'' moi, un esprit cartésien!
il me faut toujours comprendre ce qui se passe autour de moi...
Le bizarre, le flou, l'inexplicable ou le surnaturel ...Non !!!
Surnaturel ? J'avoue qu'à ce moment là, je ne l'écartais pas totalement.

Le lendemain matin, je décide d'aller à la pêche aux informations
à la mairie du secteur.
Si quelqu'un connait l'histoire de cette maison, c'est bien la mairie.
J'y suis reçue par une dame souriante, entre deux âges,
qui me semble ouverte . Ça vaut mieux, parce que je me demande
si elle ne va pas me prendre pour une folle, lorsque je vais lui raconter
mon aventure d'hier, comme je l'ai vécu.

Je n'allais pas être au bout de mes surprises
ni d'apprendre encore des invraisemblances!!!

<-Vous avez de la chance de tomber sur moi; je suis née ici,
   et je connais bien ma commune et toutes les autres environnantes.
   Je crois comprendre que vous me parlez de la maison des marais,
   celle qui se trouve, esseulée dans les champs de ''Tournevire''?
   Une drôle d'histoire.... mais qui date de fort longtemps!->

Elle se lève et attrape un vieux dossier poussiéreux
sur l'étagère dédiée aux archives de la commune.
En face de moi, elle époussète le carton en riant.
<-C'est qu'on ne les sort pas souvent ces dossiers! Ça fait lurette que
    plus personne ne se soucie de cette pauvre Madame Tournemal.->
<-Vous allez donc pouvoir m'éclairer sur elle?!
    En fait, je vous avoue que ma démarche est plutôt intéressée.
    Je me demande si cette maison pourrait être à vendre,
    et si vous sauriez à qui elle appartient aujourd'hui.
    J'ai eu un coup de cœur pour elle, et surtout pour son emplacement
    et le calme désert environnant->
<-Heu... je ne sais pas si je peux vous inciter à poursuivre votre quête;
    c'est très isolé, vous en êtes consciente?
    Vous ne vivez pas seule, j'espère?!->


En deux mots , je lui raconte un peu ce que je vis depuis peu,
dans ma maison trop grande, mon désir d'être tranquille
et me rapprocher de la maison de santé où est soigné mon mari.
<-Alors, vous devez vraiment savoir........ écoutez bien  et réfléchissez
    à ce que je vais vous raconter!->

''''Cette maison appartenait à une vieille famille d'agriculteurs …
c'était avant l'implantation de la centrale nucléaire, qui a exproprié
tout le monde sur des kilomètres autour d'elle.
C'est pour cela qu'il reste seulement des bâtiments en ruine
dans ces marais. Toute la zone est inhabitée, tous sont partis,
sauf la famille Tournemal.
C'était un couple âgé. Ils avaient un fils mais qui vivait à Bordeaux,
et une fille qui hélas, était décédée d'un accident de voiture
sur cette maudite route.
Peu de temps après, Mr Tournemal fut retrouvé mort sur la rive
de l'estuaire, juste à coté de chez lui. Pas de blessures apparentes,
mais l'homme était trempé, donc il en a été déduit naturellement,
que c'était une mort par noyade...
Personne n'a jamais compris pourquoi il était allé dans l'eau
alors qu'il ne savait même pas nager!!!
Son cheval était rentré tout seul à la maison,
et c'est ainsi que sa femme inquiète, était partie à sa recherche
et avait découvert le drame.''''

La secrétaire de mairie sortie même un vieux journal ''Sud-Ouest''
qui relatait l'affaire.
Pauline fut surtout interloquée devant sa date de parution .
<-Mais dites moi, c'était il y a presque 50 ans?
   Quel âge a Mme Tournemal?->
<-Oh Pauvrette, vous pensez bien qu'il y a longtemps qu'elle mange
    ses petits pois par la racine,-> dit-elle en riant
<-Ses petits pois ?->
<-Oui, elle était connue pour fournir ces légumes de printemps
    à toute la population du coin. Ils étaient délicieux,
    car poussés sur des terres riches et bien humides
    et de plus, elle les vendait, tout frais écossés ! ->
Devant mon air chaviré, la dame s'inquiéta de ma santé...
<-Ecoutez Madame, vous allez vraiment me prendre pour une dingo,
    mais il faut que je vous dise.->
'''Et me voilà obligée de lui reporter mon entretien avec la vieille femme,
qui, au bas mot, aurait du avoir dans les 100 ans, et qu'en plus,
elle écossait des petits pois dans sa cuisine;
je me devais aussi de lui dire comment elle s'était volatilisée.
Je n'osais même pas regarder la dame de peur de la voir s'esclaffer,
ou de la voir saisir son téléphone pour appeler ''Police Secours''
qui m'offrirait un voyage gratuit vers un asile de fous !!!'''

Mais elle n'en fit rien ; elle me regardait d'un air, pas vraiment étonné.
<-Je vais vous surprendre, mais je vous crois !
    Seriez vous libre pour déjeuner ce midi ?->
<-Heu... oui, mais...->
<-Pas de mais...Je vais vous amener chez mon père;
   je pense qu'il sera content d'entendre votre histoire; vous voulez bien ?
   Je ferme le bureau et vous n'aurez qu'à me suivre.->
<-Ben... oui, mais je ne voudrai pas déranger.->
Elle se leva, contourna sa chaise et me fit un clin d'œil complice
en fermant la porte du bureau derrière moi.
                                                ************
Peu après, je serrai la main de cet homme qui me regardait
avec un sourire mystérieux, presque entendu,
comme si nous partagions déjà quelque chose.
Sa fille (elle s'appelait Colette) avait du l'informer de la venue
d'une ''illuminée''. Il nous invita à nous asseoir à sa table,
à l'ombre d'un tilleul, près d'un vieux puits.
C'était un endroit très agréable comme je les aime...
des lampes et des cruches en terre meublaient joliment cet extérieur .

Il nous servi un rosé bien frais, de sa propriété dit-il,
et s'adressa à moi, doucement comme si il disait un secret....

                   <-Alors? Vous avez rencontré Suzanne Tournemal?->

Du repas simple mais délicieux, composé de produits de son jardin,
je ne retins rien car je buvais les paroles de l'homme,
qui s'est avéré être un conteur de tout premier ordre..
J'étais complètement captivée par sa façon de raconter cette histoire,
tellement que lorsque Colette se leva pour partir rejoindre son travail,
je me levai aussi pour prendre congé, mais son père,
prénommé Simon, me proposa de poursuivre cette conversation,
à la maison des marais.

J'ai dit oui, je ne sais pas pourquoi, mais j'ai dit oui !!!
<-Partez devant, me dit-il, le temps de fermer et je vous rejoins là-bas->
                                                   *********************

Une petite demi-heure après j'arrête ma voiture
dans le petit chemin maintenant devenu familier.
En attendant l'arrivée de Simon, je me remémore son récit.

''''Enfants, le fils Tournemal et lui, étaient copains.
Alors il fréquentait souvent cette famille, un peu intéressé aussi
par la fille, qui hélas, mourut dans un accident de voiture
alors qu'elle n'avait pas 30 ans.
Le père qui l'adorait décéda quelques mois après,
d' une mort troublante qui pouvait ressembler à un suicide …
beaucoup y ont pensé, mais personne n'a bronché.

Peu de temps après, le fils est parti vivre en ville, se maria
et on ne le revit que très rarement au marais .
La mère Tournemal vieillit d'un coup.
Elle ne s'habilla plus que de guenilles noires et ne sortit plus
de sa maison, sauf pour cultiver son carré de potager,
mais les gens évitaient le secteur de peur d'y trouver ''le mauvais œil''
et bientôt plus personne n'acheta ses petits pois, ni ne s'inquiéta
de ce que devenait ''la Suzanne''
C'est Simon, qui un jour frappa à la porte de la maison, l'ouvrit,
mais n'y trouva personne. Un silence de mort régnait!
Les quelques pauvres meubles du couple, avaient disparu .
Faisant le tour de la maison, il découvrit le vieux cheval de trait,
mort et desséché dans l'enclos du pré.

La maison abandonnée (3 ème)

La gendarmerie vint faire l'enquête qui ne donna rien .
Le constat conclut à une disparition volontaire.
Suzanne Tournemal aurait quitté l'endroit sans laisser d'adresse...
et c'était son droit !
Les rumeurs coururent le village un moment;
on disait que si elle avait déménagé, on l'aurait vu et su !!!
ici où tout se sait, personne ne peut disparaître comme cela.
Mairie et gendarmerie firent quelques recherches et retrouvèrent
le fils Tournemal qui dit ne rien savoir parce qu'ils s'étaient brouillés
depuis longtemps et n'avait plus de nouvelles depuis la mort du père.
L'affaire en resta là.
Comme toujours en campagne, les rumeurs s'estompèrent petit à petit,
et bientôt, on oublia la maison et ses anciens occupants''''

 

                                                                         A suivre

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